Oratoire de la sainte Face

Si Léon papin-Dupont fut surnommé le « saint homme de Tours », ce n’est certainement pas un hasard, toute sa vie ayant eu à la fois un caractère exceptionnel et exemplaire.

Le « Marquis des égards », ainsi surnommait-on le jeune martiniquais venu étudier le droit à Paris, qui fréquentait les salons plus que les bancs de l’université. Un jour, il oublia une fête de l’Église à cause d’une partie de campagne ; il en fut bouleversé et décida de quitter « sa fange ».
L’authenticité de sa conversion se manifesta quelques jours plus tard : il proposa spontanément de vendre son cheval et son tilbury et offrit le prix pour tirer de la faillite un papetier, père de famille. Revenu diplômé en Martinique, il pensa à la prêtrise, mais la mort de son frère, le fit renoncer pour apaiser le chagrin de sa mère. En mai 1827, il épousa Caroline
d’Audiffredi. En 1832, la joie de la naissance d’Henriette fut assombrie par la mort de la jeune mère 8 mois plus tard. Ce fut une terrible déchirure. « Heureusement sa foi le soutenait dans une si amère douleur ; elle lui montra peu à peu la porte providentielle de cette rude épreuve :
DIEU, qui avait permis cette mort, voulait qu’il en profitât pour se détacher davantage de lui-même, de tout l’humain, des biens de ce monde. » Son détachement s’approfondira encore à la mort de sa fille unique, à l’âge de 15 ans.

En 1834, il s’installa définitivement à Tours en compagnie de sa fille et de sa mère.

À 37 ans, une nouvelle étape de son existence s’ouvrait pour lui. Jeune veuf, il se posa de nouveau la question du sacerdoce et s’en ouvrit à des personnes avisées qui pensèrent « qu’il ferait plus de bien, qu’il aurait plus d’influence en restant dans l’état séculier ». Il se rangea à leur avis. De sa jeunesse, il garda l’ardeur dans l’expression de la foi. Il voulait en tout et pour tout se montrer sincère et fervent chrétien, en paroles et en actes. Son attitude fit sensation à Tours, à une époque où, le respect humain l’emportant, surtout chez les hommes, on se cachait pour aller à l’église. Lui, malgré sa fortune, ses relations et son rang, suivait les processions du Saint Sacrement, était pieux et dévot, servant volontiers la messe à la cathédrale, « soutenant ses actes par l’énergie et la ferveur de ses paroles, parlant de DIEU et de la religion librement devant n’importe qui, le faisant avec une grâce charmante, une conviction profonde, une droiture et une sagesse qu’étaient obligés d’approuver ceux mêmes qui le taxaient d’exaltation et l’accusaient d’être exagéré ».

 
Oratoire de la Sainte Face à Tours

Ci-dessus : l’Oratoire de la Sainte Face, 8 rue Bernard Palissy, à Tours

La ville de Tours lors de l’arrivée de M. Dupont

La ville de Tours, lorsque Monsieur Dupont vient y habiter en 1834, est dominée par deux grandes familles bourgeoises : les Goüin et les Mame. La noblesse, peu nombreuse, reste un monde à part qui se retrouve dans les salons. La population de la ville est assez stable. En 1836, il y a à Tours 26 669 habitants.

Quelques années auparavant, des récoltes insuffisantes et la spéculation avaient entraîné la montée du prix du pain. En 1829, le conseil municipal avait voté un crédit utilisé pour des travaux de salubrité. On avait distribué des soupes économiques et des secours aux plus déshérités signalés par les curés. Mais la Révolution de 1830 y a mis

fin et des troubles eurent lieu. En juin 1831, le préfet reconnaît que la misère est grande et que la suppression des travaux de charité a été un malheur. La misère est le lot de l’ouvrier tout au cours de son existence : nourriture trop souvent insuffisante et carencée, froid tenace dans ce qui est un taudis plutôt qu’un logement. Déjà une partie du vieux Tours, celle du nord-ouest, mal aérée, où l’humidité est permanente, parce que le soleil ne pénètre jamais dans ces ruelles perpendiculaires au fleuve, est très largement habitée par les plus pauvres. Quartier où la surmortalité avait alarmé le maire Walvein.